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Pierre à bâtir

Bâtir en pierre traditionnelle

« Pierre à bâtir » est un terme générique qui désigne tout élément assez solide et durable pour servir à monter un mur. Du fait de la grande diversité de la géologie, cela fait une grande famille.La pierre est produite en carrière, par excavation ou sciage. Elle se classe selon trois catégories, soit les roches magmatiques, crachées en l’état par les volcans (le granit…), les roches sédimentaires, lentement accumulées par des dépôts océaniques (les calcaires…), et les roches métamorphiques, issues des deux classes précédentes que la nature s’est ingéniée à transformer (schistes, marbres…). Les caractéristiques de chaque pierre sont donc très variables. Elles font l’objet d’une normalisation européenne.

 

Appareiller

L’art d’associer les pierres entre elles, d’abord pour leur permettre de tenir debout et ensuite de supporter une charge plus ou moins élevée, connaît une infinité de variantes qui tiennent à la nature des pierres, à leur aspect et à leur calibre. Il est possible de distinguer des grandes familles mais chaque construction est originale comme les pierres qui la composent.

 

Toutefois les différents appareillages obéissent à quelques règles communes : Les pierres sont posées en fonction de leur fil et du lit de carrière. Elles reprennent leur place naturelle. Certaines pierres, feuilletées par exemple, sont faciles à lire ; elles indiquent leur sens de pose : le fil, les fissures fines au sein de la pierre, doit toujours être horizontal afin de se trouver perpendiculaire à la charge principale, verticale. Pour d’autres moellons, il faut un oeil exercé.

C’est la pierre qui choisit sa place et pas le maçon. Cela signifie que les recoupes sont rares et ne concernent que des rectifications d’arête. Il faut assembler les pierres entre elles, en croisant les joints, en réduisant leur épaisseur (joint vif), sans avoir à les retailler. En conséquence, cela signifie qu’il faut disposer d’une réserve généreuse pour faciliter le choix. Evidemment, cela ne concerne pas les blocs sciés de pierre tendre, appareillés en assise réglée, tous identiques.

Il faut surveiller l’aplomb, différent de la verticale. La pierre est plombée lorsqu’au moins sa face apparente est verticale. En principe, le mur est monté droit. Mais il peut avoir du fruit avec une embase plus large et donc plus stable. Certaines pierres plus grandes que les autres dépassent.  Tout l’art du maçon est alors de donner une esthétique à ces débordements.

Les murs les plus épais comportent deux parements appareillés parallèles, l’espace entre les deux étant remplis de blocaille.

 

Chaînages et décharge

Dans les angles, les encoignures, les deux axes doivent être solidaires pour éviter que le bâtiment s’ouvre comme un fruit mûr. C’est le rôle dévolu aux chaînages. Ce sont des blocs plus gros, choisis (ou taillés) pour offrir au moins deux parements réguliers, empilés perpendiculairement sur un axe puis sur l’autre : les boutisses d’un côté sont les panneresses de l’autre (voir fig. 1).

Le même principe est adapté pour les embrasures. Les pierres sont empilées dans l’axe du mur, une grande longueur alterne avec une demie. Le linteau vient s’asseoir sur les jambages ainsi montés.

Les variantes de chaînes sont légions. Les blocs sont fréquemment taillés, en particulier pour les constructions les plus récentes, contemporaines de l’industrialisation.

Pour les embrasures, le bois massif remplace souvent la pierre. 

 

Les murs en pierre sont extrêmement lourds du fait de la densité des moellons et de la nécessité de construire épais. Les charges verticales sur les points singuliers sont donc très importantes. Pour permettre malgré tout de percer des ouvertures plus larges que des meurtrières, les linteaux sont généralement surmontés d’un arc de décharge qui soulage le linteau en déplaçant la contrainte sur les jambages (voir fig. 2). Une fois encore, si le principe est universel, les techniques pour le mettre en oeuvre varient en fonction des régions, des habitudes et des matériaux utilisés.

 

En pratique

Pour garantir la pérennité de l’élévation, les fondations empruntent la semelle en béton à la modernité.

 

Le premier rang est réalisé en gros moellons (libage), choisis pour leur conformation à peu près semblable. Ce choix se prolonge souvent sur plusieurs assises pour former le soubassement exposé aux rejaillissements (projections) de pluie.

 

 La pose s’effectue à bain soufflant, au mortier de chaux. La composition de ce dernier est très variable. Les recettes les plus anciennes sont fabriquées à partir de l’argile disponible dans les environs, séchée puis criblée et mélangée à une faible part de chaux. Aujourd’hui, il s’agit le plus souvent de chaux hydraulique et de sable fin. Le ciment est très rare et réservé à des applications précises car il ne permet pas des échanges corrects entre l’intérieur et l’extérieur du mur. Car c’est l’originalité des murs en pierres : ce sont de véritables autoroutes à l’heure de pointe avec des transferts d’eau de haut en bas ou l’inverse, de l’extérieur vers l’intérieur, des échanges de vapeur d’eau, des réactions chimiques internes et externes, des dégagements de gaz, des migrations thermiques, des invasions organiques (bactéries, mousses…) Il est donc préférable de ne pas perturber cet écosystème complexe en introduisant des matériaux trop performants.

 

Les pierres d’angle sont d’abord posées. Elles sont plombées et servent d’alignement pour l’assise intermédiaire, souvent composée de plusieurs rangs. Il s’agit de chantiers longue durée à envisager en mois sinon en années. Il est toujours plus sûr d’attendre le durcissement de l’assise posée avant de monter la suivante. 

 

 

Quelques définitions d'un mur

Le moellon est « un élément destiné à être mis en oeuvre manuellement sans l’aide de moyens mécaniques, d’une masse au plus égale à 35 kg » (norme NF). Il est brut lorsque sa forme est quelconque, équarri si ses faces sont rectifiées, (au moins une). Une finition adoucie offre une surface régulière, unie, finement rayée. Bossagée, elle est grossièrement bombée. Bouchardée, elle est meurtrie d’une multitude de petits éclats martelés (à la boucharde). Ciselée, elle est taillée au ciseau. Grenaillée, elle a subi un bombardement de billes d’acier. La finition de la pierre peut aussi être smillée, talotée, polie, égresée, pointée… Un parpaing est une pierre traversante dans l’épaisseur, visible des deux côtés du mur. Il s’agit généralement d’une boutisse, une pierre posée dans l’épaisseur qui présente un petit côté en parement. Un délit est une pierre posée dans un autre sens que son lit de carrière   

 


Technique : L'art de bien plomber 


La plaque supérieure et le poids d’un fil à plomb présentent des arêtes parfaitement calibrées. Le mur, ou le moellon, est vertical si le poids effleure le parement sans le toucher lorsque la plaque est appuyée contre. Si le poids est décalé, le parement est rentrant, plus mince à la base. Et s’il faut décaler la plaque, il est sortant, plus large en pied.