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Bâtir en pierres sèches

 Des maisons bâties en pierres sèches sont extrêmement rares, exceptées les bories et cabanes de berger ou de vigneron. 

Les pierres sèches sont choisies et simplement empilées les unes sur les autres. Elles respectent strictement les règles traditionnelles de la construction, depuis les fondations jusqu’au couronnement, en passant par les chaînages, les linteaux, le croisement des joints, etc. En effet, ces règles n’ont pas été établies en fonction des matériaux utilisés mais des contraintes qui s’exercent sur le mur, à commencer par la gravité. Il s’agit donc de grimper au ciel sur une assise plus ou moins stable, qui repose entièrement sur le savoir-faire du bâtisseur. Passé un étage de hauteur, l’entreprise devient périlleuse ; le risque d’écroulement augmente et pour une maison habitée, les conséquences peuvent être graves. L’autre explication sur le fait que la pierre sèche n’a jamais été utilisée pour autre chose que des annexes, c’est le confort. Car si ce mur permet d’avoir un toit, il laisse passer les courants d’airs. Cela suffit pour passer une nuit de temps à autre, ranger des outils ou abriter des animaux. Mais y vivre à demeure, au 9e jour de burle ou de mistral, quand il gèle à « pierre fendre »… n’est pas des plus confortables. 

 

La pierre sèche est donc une maçonnerie utilitaire, qui met en oeuvre un matériau gratuit, disponible en abondance (éboulis, épierrage de champs…) et qui se suffit à lui-même, sans nécessiter d’eau ou de liant. Toute autre élévation qui ne respecte pas ce cahier des charges dissimule une astuce. de vrais joints pour de fausses pierres sèches

 

Ainsi, même si la pierre sèche conserve une sorte de nostalgie pour la plupart d’entre nous, elle a toujours été largement dépassée par la maçonnerie liée, humide, à l’argile dès le début puis à la chaux. Car cela permet de construire plus haut, moins épais, plus sûr et confortable. 

 

Le célèbre mas provençal aux façades de pierres sèches brûlées par le soleil, ou sa variante, la bastide, aux mêmes caractéristiques, n’existe donc pas. Si la construction est ancienne, il s’agit de murs maçonnés à la chaux, souvent en double lit, avec des joints en retrait invisibles de l’extérieur sauf en s’approchant. Et si le bâtiment est récent, les pierres sont montées et scellées au mortier, toujours en retrait, contre le mur porteur en blocs béton ou en béton banché. Ces derniers se repèrent assez facilement avec leur porche abrité à linteau droit, leurs nombreuses ouvertures aux dimensions généreuses, et surtout un appareillage impeccable avec un affleurement des pierres au millimètre. Le résultat est souvent remarquable. Mais ce n’est pas de la pierre sèche.

 

 Bâtir régional

Aujourd’hui, il est plus facile de monter un muret en pierres sèches : il suffit de commander les pierres et de se les faire livrer sur le chantier. C’est quand même plus pratique que de labourer un champ ou de sonder un éboulis avant de charrier quelques tonnes de caillasse. Mais si vous envisagez ce type d’aménagement pour votre jardin, inspirez-vous de votre environnement, des modes de construction anciens si vous avez la possibilité d’en étudier. Il n’est pas nécessaire de les reproduire à l’identique. Mais les prendre en exemple apporte une assurance supplémentaire d’intégration réussie au paysage.

Bâtir en pierre sèche au-delà d’un mètre de hauteur nécessite un minimum de formation. Les associations de sauvegarde du patrimoine organisent souvent des stages d’initiation. Sinon confiez les travaux à un professionnel. 

 

Un cas classique : Le talus 

Le muret de soutènement en pierres sèches, pour aménager des terrasses planes dans un terrain pentu, reste une pratique courante. Il faut d’abord trancher le talus, trier le déblai puis les pierres collectées. La terre est réservée pour servir au remblai.

Les pierres les plus grosses et régulières servent à l’assise et au parement. Le reste sert pour le blocage.

 Le mur est plus large à la base qu’au sommet. La largeur de l’embase est au moins égale au tiers de la hauteur projetée. Il n’est pas monté droit mais incliné du côté de la pente (le fruit) ainsi que les lits d’assise, vers l’arrière.

 Les pierres les plus régulières sont posées en parement, à face vues. Elles sont équilibrées par le contre-parement, côté talus, pour le calage et la liaison avec le remblai. Celui-ci est monté en même temps que le mur. En principe, les pierres doivent trouver leur assise sans nécessiter de cales.

 Le sommet du mur est protégé par un couronnement de grosses pierres plus larges que hautes.

 Un système de drainage à l’arrière du mur, côté talus, est indispensable si vous envisagez de sceller les pierres. Car l’un des avantages principaux de la pierre sèche est de permettre un écoulement sans retenue des eaux d’infiltration. Ce que ne permettra plus le scellement des pierres