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Paille, pisé et argile

Leur point commun est d’emprunter les savoir-faire ancestraux pour les adapter aux prescriptions modernes. Et ça marche ! 

 

L’intérêt de ces techniques est de reposer sur une expérience séculaire accumulée grâce à l’observation et au bon sens. D’autre part et dans l’idéal, elles présentent aujourd’hui l’intérêt de permettre de construire à l’économie, que ce soit pour le coût sur le cycle de vie complet du bâtiment (construction, usage, démolition, recyclage) ou pour la préservation des ressources, locales et abondantes. Il convient toutefois de remarquer que les autres techniques de maçonneries reposent peu ou prou sur les mêmes critères. La maçonnerie en blocs scellés, même en béton, n’est pas née dans l’esprit d’un polytechnicien. Les atouts qui lui ont permis de régner sans partage sont toujours d’actualité, à commencer par un coût de construction imbattable et une durée de chantier optimisée. Les maçonneries atypiques reposent principalement sur la foi que leur accorde le maître d’ouvrage, sur la base de ses engagements environnementaux. Elles demeurent donc confidentielles, avec un nombre limité d’artisans sachant les mettre en oeuvre. C’est dommage car, côté technique et respect des réglementations en vigueur, le cahier des charges est rempli. 

 

Bâtir en paille

La paille a longtemps été le domaine secret des amants. Désormais, elle abrite la famille. Son emploi dans la construction n’est pas nouveau puisqu’elle a été le premier ferraillage des enduits et blocs à construire. Elle remplit exactement le même rôle que les treillis et fers dans le béton. Dans un pisé ou de l’adobe, elle prévient les risques de fissuration et les effets de cisaillement. Elle est employée en mélange depuis toujours, et sert de toiture depuis longtemps. Ses performances sont largement attestées, spécialement pour sa durabilité et son comportement thermique.

Mais la construction en paille telle qu’elle est présentée aujourd’hui est récente. Il n’y a pas de trace de construction en botte de paille avant le XXe siècle. De plus, les techniques mises en oeuvre ne sont popularisées que depuis les années 1980. Elles sont désormais parfaitement maîtrisées. Des stages de formation sont régulièrement organisés. La construction paille est arrivée à maturité. 

Elle offre l’intérêt d’un matériau sain et naturel pour bâtir une maison. Il faut une paille de qualité, préparée pour cet usage (séchage, recoupe, bottelage, densité minimale). C’est donc un peu plus compliqué que de se mettre d’accord directement avec le céréalier voisin. La paille répond en outre à toutes les exigences en matière réglementaire, depuis les règles de construction jusqu’au comportement au feu en passant par l’isolation thermique. Il existe plusieurs méthodes pour construire en paille.

La paille porteuse consiste à empiler les bottes sans autre secours que des planchettes qui font office de tenon, voire en liant les bottes entre elles. Il s’agit donc d’une construction homogène qui garantit la continuité des performances de la paille, sans créer de points singuliers.

La paille en remplissage d’ossature semble plus simple à maîtriser (pour l’ossature reportez-vous page 334). La paille est un matériau de remplissage comme un autre. Il faut adapter le dimensionnement de l’ossature au format des bottes. En échange, on gagne en « superisolation ». D’autres techniques hybrides sont mises en oeuvre, avec ou sans coffrage bois, avec une ossature allégée (Greb, CST…) Chaque chapelle dispose de ses partisans.

Il existe désormais des règles professionnelles de construction en paille, un référentiel qui regroupe les différentes techniques (paille non porteuse), les prescriptions d’emploi, le traitement des points singuliers, sur l’exemple d’un DTU (mais sans en être un). Cela indique que le secteur cherche à se professionnaliser. C’est un avantage pour prévenir les désillusions et s’ouvrir à un public plus large. C’est un inconvénient pour qui souhaite se lancer en autoconstruction. Il est probable qu’à terme ce type de construction entrera dans le champ de la garantie décennale, mais seulement pour des professionnels aux qualifications reconnues. 

 

Bâtir en pisé

Le pisé est un mélange d’argile plus ou moins pure, garanti sans aucune terre végétale (cette dernière ne pouvant servir à construire quoi que ce soit).

Le pisé ancien était tassé entre des banches en bois, à la main, avec un gros pilon plat, le pisoir. Mieux, plus l’argile est compactée, meilleure est la résistance. Une fois tassée, le volume de l’argile diminue de moitié. Ces constructions se repèrent facilement lorsque leur enduit se dégrade. Les hauteurs de banches sont délimitées en assises horizontales, doublées de joints verticaux de place en place. Subsistent également les trous utilisés pour faire passer les boulins qui réglaient l’épaisseur du mur et retenaient les banches.

Le pisé moderne se sert des techniques actuelles pour gagner en performances. La terre est souvent stabilisée à la chaux hydraulique ou même au ciment. Surtout, les banches à béton ont remplacé les coffrages bois, et le pilon pneumatique à plaque vibrante, le vénérable pisoir. Enfin, la proportion de fibres en général, et de paille en particulier, est augmentée pour améliorer le comportement isolant de l’argile (mélange terre/paille banché) afin d’assurer un bon déphasage thermique.

 

Bâtir en blocs d’argile crue

Le bloc d’argile crue est la version en kit du pisé puisque le le bloc n’est pas fabriqué sur place (ou très rarement). Les performances techniques sont très proches du pisé. L’intérêt est de permettre un approvisionnement industrialisé du chantier, aussi simple que des palettes de blocs béton.  

 


 

Un cas particulier : le mâchefer ou le recyclage historique

Construire à l’économie a toujours été une préoccupation importante. Le mâchefer en est l’une des meilleures illustrations. C’est un résidu de combustion qui encombrait usines à gaz et hauts fourneaux pendant la révolution industrielle. Il constituait une charge inerte, disponible en grande quantité, pour fabriquer, mélangé à de l’argile ou du ciment, quantité de blocs à construire. Des banlieues entières ont été construites en mâchefer. À l’époque, il s’agissait plutôt de réduire les coûts de construction. Aujourd’hui, ces banlieues proches des centres-villes connaissent une forte spéculation. Cela étant, ce matériau a prouvé sa durabilité. Désormais, les mâchefers ne sont plus utilisés en construction. Ils trouvent leur emploi dans les travaux routiers par exemple. Disposer de murs en mâchefer impose quelques précautions. En règle générale, c’est un matériau poreux, sensible à l’humidité. Sa densité est très variable. Son perçage peut être aussi facile que dans du plâtre ou aussi dur que du granit. Dans tous les cas, ne respirez pas les poussières et récupérez-les proprement. L’isolation de ces murs doit être étudiée au cas par cas. Il faut éviter de créer un frein aux transferts de vapeur d’eau de l’intérieur vers l’extérieur de l’habitation.   

 

Connaissez-vous les Earthships ?

La tradition c’est bien, l’évolution aussi. Cette idée est partie des Etats-Unis il y a quelques décennies déjà. Le principe des Earthships est de récupérer tout les déchets produits par notre société pour bâtir des espaces autonomes. Il n’y a pas de règle imposée, que des cas particuliers. Toutefois, bâtir autonome, outre l’aspect recyclage du bâtiment, concerne aussi son fonctionnement. Le chauffage et l’éclairage sont principalement assurés par l’ensoleillement avec de grands vitrages inclinés à 60° et des murs capteurs. L’eau de pluie est collectée, stockée, utilisée et recyclée. Il est même recommandé de prévoir une serre pour cultiver ses légumes sur le même principe.

Le pneu. Il est empilé soit verticalement soit à joint croisé, rempli de terre, de cailloux, de béton et généralement armé de fers verticaux. Il peut être enduit à la chaux.

La bouteille de verre. Elle est montée en deux assises parallèles, le culot tourné vers le parement, et liée au torchis ou au mortier de chaux. Cela fait une maçonnerie relativement légère, isolante et lumineuse. Il existe des variantes, à base de bouteilles en plastique rigide – le PET (polyéthylène) ne convient pas – pour le même usage, ou en canettes aluminium, pour le cloisonnement intérieur.

Les sacs. De préférence, il faut qu’ils soient imputrescibles, même si ce n’est pas indispensable. En revanche, ils sont remplis, avec tout ce qu’il est possible de trouver, de la terre environnante, aux déchets de construction, de démolition voire ménager à l’exception des matières organiques. Les sacs sont montés en assise réglée, à plat, à joint décalé, embrochés sur des fers ou liés entre eux (sangles d’emballage). Ils sont protégés sur les deux faces par un enduit armé (appliqué sur un treillis métallique). Ces techniques sont souvent combinées, entres elles et avec d’autres matières (terre, paille, bois…).